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Un combat dont la nomination de Najat Vallaud-Belkacem comme ministre à la fois des Femmes et de la Ville, n’est que l’un des points d’aboutissement. « Les femmes ne sont pas absentes des luttes de l’immigration, même si l’historiographie tend à occulter ou oublier leur rôle (…) Elles sont situées au croisement des mouvements de libération des femmes et des luttes de l’immigration » rappelle d’ailleurs l’association Génériques dans sa remarquable « exposition virtuelle » sur les Mouvements et luttes des immigré-e-s contre les discriminations et pour l’égalité.

Des militants formés par des femmes

Abdellali Hajjat, auteur de « La Marche pour l’Egalité et contre le racisme », enfonce le clou dans un entretien qu’il accordait en décembre 2013 au magazine Vu d’ici, du Blanc-Mesnil, sur ce même épisode : « Il y a une tendance, du côté médiatique et politique, à se focaliser sur la figure du jeune garçon arabe du quartier des Minguettes et à invisibiliser toutes les femmes qui ont par exemple rendu possible la grève de la faim de mars-avril 1983. Il n’y avait pas de femmes grévistes, mais elles étaient impliquées dans l’organisation, comme une figure historique des Minguettes, Dalila Mahamdi (…)1 ». Cette histoire n’est qu’un exemple dans la longue litanie des faits d’armes féminins qui ont ponctué trente ans de luttes. Car dès les années 70, une association comme Zaâma d’banlieue s’active dans les quartiers lyonnais notamment : « Elles se distinguent des jeunes des Minguettes, plutôt déscolarisés à 16 ans (…) Lorsqu’il y a eu les affaires de crimes racistes, ce sont elles et les familles qui se sont mobilisées. De manière générale et dans toute la France, ce sont les associations de femmes qui sont pionnières dans la création d’associations (…) Des gens comme Farid Taalba racontent qu’ils ont été formés par des femmes, notamment dans l’expérience du journal Sans frontière. C’est une hypothèse qu’il faudrait vérifier mais je pense que c’est lié au fait que dans les familles ouvrières et immigrées, les filles aînées ont quasiment toujours suppléé au travail d’éducation des enfants et ont eu un rôle qui a été reconverti dans le monde militant et associatif », note encore Abdellali Hajjat dans le même article de Vu d’ici.

« On ne voulait pas être des victimes ! »

Djida Tazdaït, qui en est l’un des piliers, se rappelle cette époque, non sans une certaine ironie, lors d’une rencontre en hommage à la Marche de 1983 intitulée Ceux qui marchent encore, le 7 décembre 2013 à la Belleviloise : « J’ai un très mauvais souvenir des gens généreux en politique : quand ma mère les invitait à prendre le couscous à la maison, c’est moi qui faisait la vaisselle ! Zaâma d’banlieue, c’était une manière d’ironiser, contre la victimisation de notre sort. On ne voulait pas être des victimes, on avait vingt ans ! On était dans la défense des familles qui venaient nous solliciter, mais c’était souvent pour des hommes. On était considérées comme violentes, arrogantes. C’est vrai que quand on crie et qu’on ne se fait pas entendre… » Une entrée en militance comme une autre. Rachida Azoug, à ses côtés aussi bien en 1983 qu’en 2013, insiste dans la chronique de l’émancipation et d’une sorte de sortie du ghetto : « On rompt avec la paternalisme : tous les soirs au collectif jeune à Ménilmontant, on est à cinquante. C’est là qu’on rencontre les avocats comme maître Mignard, ou maître Collard…»

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