cran-associations-noires

Ce 15 juillet dernier, la BBC a diffusé un documentaire intitulé Britain’s Forgotten Slave Owners: Profit and Loss*. S’inspirant des recherches menées à University College of London, le réalisateur, David Olusoga, évoque les profits engrangés par les propriétaires d’esclaves britanniques à l’époque de la Traite. Parmi les héritiers de ce crime contre l’humanité, figurent de nombreuses personnalités du Royaume-Uni, à commencer par David Cameron, le Premier Ministre de Sa Majesté. Le documentaire évoque aussi les milliards reçus par ces propriétaires en guise de « réparation » après l’abolition de l’esclavage en 1833.

A cette occasion, la European Reparation Commission, coordonnée par Louis-Georges Tin, a pris l’initiative d’interpeller le gouvernement britannique, dans un communiqué de presse co-signé par de nombreuses autres ONG et personnalités au niveau international **. Les signataires de l’appel demandent à David Cameron de mettre en place une commission d’enquête sur les conséquences nationales et internationales de l’esclavage transatlantique, qui a été pratiqué par le Royaume-Uni.

Les signataires rappellent au Premier Ministre que la résolution adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies en novembre 2014 dans le cadre de la décennie des personnes d’ascendance africaine (UN resolution A/RES/69/16) invite les États membres ayant pratiqué l’esclavage colonial « à prendre les mesures appropriées et effectives pour arrêter et supprimer les conséquences durables de cette pratique ». En d’autres termes, les Nations Unies invitent les pays concernés a réparer les crimes contre l’humanité dont ils sont responsables, et dont ils ont bénéficié. Le Royaume-Uni, qui a payé récemment des réparations liées à la colonisation au Kenya, doit poursuivre dans cette direction pour ce qui est de l’esclavage.

Pour le CRAN, c’est l’occasion d’interpeller d’abord les historiens et les journalistes français qui, à ce jour, n’ont jamais réalisé le travail exemplaire qu’ont effectué leurs collègues britanniques. Pourtant, la question se pose en France, comme en Grande-Bretagne. Il faudrait que des historiens et des journalistes s’attachent à identifier précisément les héritiers de cette histoire, les profits engrangés et les dommages causés.

Le CRAN, qui est aujourd’hui en discussion avec la ville de Bordeaux et la région Aquitaine pour que des commissions locales soient mises en œuvre, interpelle également le gouvernement français pour qu’une commission d’enquête officielle sur les profits et les conséquences de l’esclavage soit mise en place. Le CRAN rappelle que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme avait été saisie par feu Dominique Baudis pour réaliser ce travail, et que sa présidente, Christine Lazerges, refuse aujourd’hui de s’y atteler, ce qui, concernant un crime contre l’humanité, paraît d’autant plus scandaleux. « Ceux qui refusent que la lumière soit faite ne cherchent qu’à protéger les bénéficiaires de l’esclavage, et sont par conséquent coupables de complicité de crime contre l’humanité », a déclaré Louis-Georges Tin, le président du CRAN

* Le lien de la BBC ne fontionne qu’en Grande Bretagne, utilisez le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=ENBYl8SaA3I&feature=youtu.be
Lien de l BBC : (* http://www.bbc.co.uk/iplayer/episode/b062nqpd/britains-forgotten-slave-owners-1-profit-and-loss)

** Parmi les signataires, figurent la European Reparations Commission (ERC), la National African American Reparations Commission (NAARC), la Pan-African Reparations Coalition in Europe (PARCOE), le Global Afrikan Congress in the UK (GACuk), l’ENPAD, Sir Hilary Beckles, Professor Verene A. Shepherd, Dr. Doudou Diène.