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C’est un catalogue aussi vulgaire qu’affligeant. En novembre, l’Institut national d’études démographiques s’est fendu d’une analyse des insultes les plus adressées aux femmes dans l’espace public : Amandine Lebugle, docteure en démographie, a passé deux mois à éplucher les données des enquêtes «Cadre de vie et sécurité» menées par l’Insee et l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales entre 2008 et 2012. Une manière de «mesurer, quantifier le harcèlement de rue et le définir sous toutes ses formes».

Dès 2000, des travaux (1) ont souligné la prédominance de l’insulte dans les violences faites aux femmes dans l’espace public : elle concernait 13,2 % des victimes, deux fois plus que le fait d’être suivie avec insistance (5,2 %). Que leur dit-on ? L’âge joue-t-il un rôle ? Pour le savoir, l’Ined a passé au crible plus de 1 600 injures adressées à des femmes de 15 à 75 ans en France métropolitaine, par des inconnus, masculins dans 75 % des cas. Le (triste) bilan peut se résumer en un mot : sexisme. Le racisme et l’homophobie sont, eux, présents dans respectivement 14 % et 2 % des jurons. Passage en revue des avanies les plus usitées.

«Salope» : C’est incontestablement la favorite, utilisée dans près d’un quart des cas (24 %). Et plus la cible est jeune, plus elle est susceptible d’être traitée de la sorte : 35,8 % des 15-29 ans avaient entendu l’insulte «salope» dans les deux dernières années, contre 5 % des plus de 60 ans. Les malotrus qui y ont recours sont plutôt des hommes : «salope» est le mot qu’ils utilisent dans 25,6 % des cas (16 % pour les femmes). «J’ai été assez interpellée par le fait que des femmes emploient ce terme», se souvient Amandine Lebugle. D’autant que la chercheuse s’est aperçue que chez les mineurs, la tendance s’inverse complètement : les jeunes filles sont plus nombreuses (37,8 %) à lâcher des «salope» que leurs homologues masculins (32,2 %). «Certains sociologues qui ont travaillé sur le rapport des jeunes filles à la sexualité estiment que c’est une manière de se différencier d’un groupe dont on estime ne pas faire partie», explique l’auteure de l’étude. Autre découverte : seules 64 % des femmes traitées de salope estiment avoir été la cible d’une injure sexiste, ce qui révèle, aux yeux de l’auteure, une certaine «méconnaissance de ce qu’est le sexisme, un manque de sensibilisation. On entend ce terme régulièrement, sans forcément avoir conscience de la palette de réalités qu’il recouvre». Preuve en est : toutes insultes confondues, 43 % des femmes estiment avoir été victimes de sexisme. Or en décortiquant les mots utilisés, ce taux s’élèverait plutôt à 62,5 %.

«Pute» :Comme la «salope», la prostituée apparaît comme une «figure repoussoir prégnante», qui sert à «stigmatiser le désir féminin et l’oppose à l’image mythique de la femme vertueuse», note l’Ined. Et comme elle, elle est plus fréquemment adressée aux femmes jeunes (24 % des 15-29 ans contre 7 % des plus de 60 ans). «Insulter, c’est vouloir blesser, explique Amandine Lebugle. Traiter quelqu’un comme s’il avait une sexualité libérée est considéré comme choquant, ce qui montre que les mœurs ne sont en réalité pas si libérées qu’on pourrait le penser.»

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«Connasse» :On entre là dans ce que l’Ined considère comme du «sexisme ordinaire», celui qui «dénigre l’intelligence des femmes». Il semble que cette catégorie ne s’embarrasse guère des considérations d’âge : 19 % des femmes insultées ont été traitées de «connasse», 8 % de «conne».

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Par Virginie Ballet   — Libération – 6 mai 2016 à 18:41 –

(1) Enquête sur les violences envers les femmes réalisée par l’Institut de démographie de Paris-I.