Témoignages : aménagement de campements illicites, village d’insertion, médiation… Six élus décrivent les expériences menées – avec plus ou moins de succès – dans leurs communes. (fin)
par SYLVAIN MOUILLARDMARIE PIQUEMAL, Libération, 11 juin 2013

 

Bordeaux : «Dès qu’on pose la question du « comment », on change de dimension»

«Nous avons choisi de recruter deux médiateurs issus du milieu associatif auprès de la communauté rom», explique Alexandra Siarri, l’adjointe d’Alain Juppé (UMP) en charge de la lutte contre les précarités à Bordeaux (Gironde). Les médiateurs passent leurs journées à faire des va-et-vient entre les campements et les couloirs de la mairie. Ils gèrent aussi l’exaspération des riverains. Une solution redoutablement efficace selon Alexandra Siarri, les médiateurs évitant ainsi les tensions.

Pour elle, la question des Roms est trop souvent abordée de manière simplifiée. «On entend deux discours. Ceux qui disent : « La France n’a pas les moyens d’accueillir ces migrants ». Ou : « Il faut les aider, on ne peut pas les laisser vivre dans cette précarité ». Une fois que l’on a dit ça, on fait quoi ? Dès qu’on pose la question du comment, on change de dimension. C’est un sujet éminemment complexe qui mérite un débat de qualité.» Il n’existe pas de «solution miracle», insiste-t-elle.

La médiation permet de désamorcer les tensions. Pour le reste, c’est de la gestion au coup par coup. Il y a 500 Roms environ à Bordeaux, vivant dans des squats pour la plupart. «On essaie, dans la mesure du possible, de faire les raccordements d’eau et d’électricité et en échange, les occupants paient une redevance d’environ 50 euros par famille. Cela ne nous empêche pas de lancer les procédures pour l’expulsion du squat.»

Lyon : «Pour l’instant, on ne peut pas dire que notre action ait un effet»

De 1 200 à 1 500 Roms vivent dans l’aire urbaine lyonnaise. Faisant le constat que la plupart de ces familles venaient de Roumanie, la municipalité socialiste de Lyon (Rhône) – par ailleurs critiquée pour sa ligne dure de recours systématique aux expulsions – a décidé d’agir dans le pays d’origine. «Quand on discute avec les Roms, ils disent que s’ils avaient les moyens de vivre chez eux, ils préféreraient y rester», argumente Hubert Julien-Lafferière, conseiller municipal chargé de la coopération.

C’est donc à Tinca, petite localité située à 600 kilomètres au nord-ouest de Bucarest, la capitale roumaine, que l’équipe du maire Gérard Collomb mène ses actions. «Beaucoup de Roms lyonnais en sont originaires, explique Hubert Julien-Lafferière. Sur les 12 000 habitants, un tiers sont Roms.» En mars 2011, une convention triennale est donc signée entre Lyon, Tinca et le comté de Bihor.

La commune française finance l’électrification et le ramassage des ordures du quartier rom. Dans les prochains mois, «un centre multi-fonctionnel de 350 m², équipe de sanitaires et de douches» doit également sortir de terre. L’opération, chiffrée à 100 000 euros annuels, est réalisée par une ONG lyonnaise et une fondation roumaine.

«Pour l’instant, on ne peut pas dire que notre action ait un effet, reconnaît Hubert Julien-Laferrière. C’est trop tôt, et trop compliqué à quantifier. Mais si d’autres villes font comme Lyon, je pense que cela peut contribuer à avoir un rôle sur les flux migratoires.» Et d’ajouter : «On pointe souvent la mauvaise volonté du gouvernement roumain pour insérer les Roms. Mais les maires, eux, ne peuvent pas faire ce genre de calcul, car les Roms votent. Quand ils représentent un tiers de la population d’une commune, ce n’est pas négligeable.» Selon l’adjoint, depuis la mise en oeuvre du programme, le maire de Tinca «a intégré deux personnes de la communauté rom dans son équipe. Tout cela peut contribuer à un meilleur dialogue».