P&C : La situation des associations de banlieue a-t-elle changé depuis un an qu’un nouvelle majorité est arrivée aux affaires ?
ST : Les différents ministres prétendent qu’on a fait plus pour ceux qui ont moins. C’est faux, c’est l’inverse, dans l’éducation, dans les médias ou dans la culture… Il y a aussi une politique qui consiste à transformer des associations locales en centres sociaux pour casser les contestataires, comme avec la maison des potes de Narbonne. Et puis maintenant, c’est le rythme de travail de l’administration qui dicte ses choix au politique ! Par exemple : il faut déposer ses dossiers de financement entre telle et telle date. C’est une technique inventée pour donner moins d’argent. Celui qui est capable de présenter un budget en octobre pour l’année d’après, c’est celui qui est là depuis longtemps. Ca demande aux associations de fonctionner comme l’Etat. Il faudrait plutôt aider les associations à être plus efficaces et plus inventives. Sous la droite comme sous la gauche, c’est la même politique : on a laminé les associations qui venaient en soutien aux immigrés au profit de nouvelles structures « techniciennes », incapables de critiquer les choix politiques nationaux.
P&C : Vous travaillez beaucoup sur la question des discriminations à l’emploi. Sur ce dossier, quelle est la situation ?
ST : En matière de discriminations, on en est à environ cent procédures devant les tribunaux (beaucoup sur le logement ou la consommation : banques, commerces…). Il y a des crédits pour lutter contre les discriminations, localement, dans les départements notamment. Mais il y a un refus de financement local : on nous fait comprendre qu’il ne faut pas parler de discriminations dans le logement, ni faire de testings, et préférer la négociation. En plus, on nous demande de travailler sur les 18 critères de discrimination, sinon, on se fait traiter d’extrémistes ! Il faudrait une circulaire aux Préfets pour leur dire d’aider financièrement les associations. L’association des maires de France devrait y aider. C’est pas aux Préfets d’apprécier qui aider, ils doivent exécuter les politiques. En matière de discriminations, la gauche n’a rien changé, sauf grâce à l’Acsé. Mais partout ailleurs, à la région Île-de-France, au CG93, les actions ont quasiment disparu, sauf pour financer des cabinets d’étude… La lutte contre les discriminations, c’est pas la diversité ! C’est pas tout le monde il est beau, tout le monde il est différent ! C’est plus conflictuel ! Au lycée de Pavillons-sous-bois, on nous dit : « Aidez-nous à placer des jeunes en stage dans les entreprises, mais surtout, ne parlez pas de discriminations ».