Dès qu’on commence à vouloir parler des Roms, ou de ce qu’il est d’usage d’appeler « la question rom », on se heurte à une première difficulté, qui est de savoir… de qui on parle exactement. « Rom » n’est en effet pas le nom d’une nationalité, et il est difficile de dire que c’est le nom d’un peuple tant les propos et les actions concernant « les Roms » se trouvent viser aussi bien des personnes qui revendiquent cette identité que d’autres qui se voient désignées sous cette appellation sans en pouvoir mais.

Se pose dès lors la question de la légitimité à user de ce mot, empreint de la violence symbolique qui consiste à assigner une identité. Cependant, on ne peut passer sous silence le déni de droits, les discriminations, la répression qui touchent celles et ceux qui se reconnaissent Roms comme celles et ceux qui ont d’autres identités de la même « famille » (Gitans,  Manouches, Tsiganes, Sintés…), voire d’autres encore, qu’on englobe arbitrairement dans cette catégorie. Difficile de dénoncer l’ostracisme qui pèse sur tous  sans reprendre la catégorie qui, même si elle est soigneusement évitée en France dans les textes juridiques et  dans les statistiques, est bel et bien à l’œuvre dans les discours et dans les pratiques des élus et de l’administration.

Évoquer « le problème rom » est peu à peu devenu un leitmotiv du discours politique et médiatique en France comme dans plusieurs autres États européens. Il n’est pas rare cependant que l’ampleur donnée par les responsables politiques, les élus, les médias, à ce qui est présenté comme « un problème » soit inversement proportionnelle au nombre de personnes effectivement concernées ; on s’inquiète ou l’on s’est inquiété aussi de la présence de familles polygames (quelques milliers de familles), de prétendus flux de mineurs isolés étrangers (3 000 à 5 000 arrivées par an), des porteuses de niqab (quelques centaines de femmes sur l’ensemble du territoire français), des victimes de mariages dits « gris » (quelques dizaines de cas)…Ce qu’on appelle « le problème rom », ce serait – les sources ne s’accordent pas sur les chiffres – 17 000 personnes environ qui vivent en habitat précaire, peut-être  40 000 personnes au total selon certains chercheurs Un nombre en tout cas assez dérisoire par rapport à la population française, et dont tout donne à penser qu’il est resté à peu près stable ces derniers dix ou quinze ans.

La suite de l’article ici…